en coulisse - les métiers du musée

Discussion avec Fabien Leclerc
directeur des musées de Pau et conservateur du Patrimoine

Questions sur la fonction de conservateur

  • Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer en quoi consiste le métier de conservateur de musée ?

Je m’appelle Fabien Leclerc, je suis conservateur du patrimoine et directeur des musées de la ville de Pau. Le métier de conservateur consiste prioritairement en la préservation et la présentation des collections aux publics. 

  • Quelles sont vos principales missions au quotidien ?

Les missions des conservateurs changent en fonction des postes qu’ils occupent. Pour ma part, elles concernent d’abord l’administration du service des musées du point de vue des ressources humaines, de la gestion financière, de la gestion administrative et de la sécurité. Ensuite, mon rôle consiste à faire le lien entre mon service et les autres services de la collectivité, mais également les partenaires et les demandes des usagers. Une fois ces missions remplies, je peux me consacrer au travail sur les collections. Heureusement le service est composé de toute une équipe en médiation et en régie des collections, qui travaille également sur ces questions au quotidien.

  • Quels sont les principaux défis auxquels un conservateur de musée est confronté aujourd’hui ?

 Les défis sont multiples. Nous avons le défi écologique. La montée des températures due au réchauffement climatique, influe sur la conservation des collections. Ce problème est généralement résolu grâce à une climatisation efficace. Cependant tous les musées n’en bénéficient pas et ces systèmes sont régulièrement soumis à des problèmes de pannes (plus les températures augmentent, plus ces systèmes sont amenés à leur point de rupture).

Nous avons également les questions liées à la sécurité et à la sûreté des œuvres dans les musées en lien avec l’actualité. Nos systèmes de sécurités sont performants, cependant les moyens mis en place par les voleurs sont également de plus en plus réfléchis et sophistiqués. Faute de pouvoir rejeter la responsabilité sur les voleurs ou sur les moyens alloués, la responsabilité est rejetée (trop souvent) sur les conservateurs, comme s’ils étaient eux-mêmes responsables du vol de leurs propres collections.

A côté de ces défis actuels, on retrouve ceux plus habituels liés à nos missions fondamentales sur la promotion des collections. Les musées cherchent à valoriser et à faire connaitre le patrimoine, cependant les usages évoluent en permanence. C’est une course dans laquelle nous nous engageons bien volontiers (montée du numérique…).

Ils existent cependant encore bien d’autres défis auxquels les conservateurs sont confrontés.

  • Quel parcours d’études recommanderiez-vous à un jeune qui souhaite devenir conservateur de musée ?

Aujourd’hui devenir conservateur du patrimoine nécessite de passer le concours qui se déroule une fois par an à Paris, avec un niveau d’exigence élevé. Il faut donc avoir un parcours universitaire solide en histoire de l’art et/ou en histoire, avec au minimum une licence (le concours n’est pas accessible sans une licence). Cependant un niveau master est préférable. Il faut dans le même temps chercher à réaliser des stages dès sa première année d’étude, même s’ils sont difficiles à obtenir, cela permet certes de se constituer une expérience mais aussi de préciser sa vision sur le secteur où l’on souhaite travailler.

Rien n’est cependant marqué dans le marbre, il arrive régulièrement que des personnes issues d’autres filières passent et réussissent le concours de conservateur. Cependant, elles sont rares en comparaison de celles qui ont suivies les études adaptées.

  • Pour terminer, qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre métier ?

 Ce qui me passionne le plus est la relation avec les collections : choisir quelles œuvres vont être restaurées pour quelles occasions et voir le résultat, réfléchir à des acquisitions pour enrichir les collections, décider des expositions qui peuvent être intéressantes et les mettre en place, échanger avec des partenaires sur leurs collections et enrichir scientifiquement nos connaissances sur notre fonds…

En tant que conservateur et chef de service, travailler collectivement pour un projet commun (comme une exposition) et le voir se réaliser est également très gratifiant.

Questions sur le chantier- Quels travaux et pourquoi ?

  • Le musée va fermer temporairement ses portes. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Le musée ferme temporairement car nous allons réaliser des travaux afin de remplacer la climatisation dans nos réserves. Cette climatisation est essentielle pour réguler la température et l’humidité dans les espaces ou sont conservés les œuvres afin d’éviter au maximum leurs variations.

  • Quels sont les principaux travaux qui vont être réalisés dans les réserves ?

Les entreprises retenues vont travailler à revoir l’électricité, à mettre en place des tuyaux pour les différents flux d’air et à installer les armoires climatiques permettant de réguler la température et l’humidité dans les espaces.

  • On entend souvent parler des « réserves » d’un musée, mais le grand public les connaît peu.  Pourquoi les réserves sont-elles si importantes pour la conservation des collections ?

Les collections exposées dans les salles sont une minorité des œuvres possédées par les musées. Celles qui ne sont pas visibles sont stockées dans des réserves à l’abri de l’humidité, de la lumière naturelle et des variations de températures importantes. Elles sont également à l’abri des vols grâce à une limitation de leurs accès. Enfin, ces espaces sont des lieux de travail pour les équipes, constat d’état, restaurations, encadrement, inventaire… autant de missions qui peuvent être faites à l’intérieur de ces espaces.

  • Quel pourcentage des collections est généralement exposé au public, et combien est conservé dans les réserves et pas exposé ?

Entre 200 et 250 œuvres sont aujourd’hui exposées dans les salles ce qui représente environ 5% du nombre totale des œuvres du musée des beaux-arts de Pau, estimé entre 4500 et 5000 items.

  • Pourquoi est-il essentiel d’investir dans des espaces que le public ne voit jamais ?

Ces espaces ne sont pas visibles par les publics pour plusieurs raisons. Il s’agit d’abord d’un lieu de travail pour les équipes, qui pourraient être gênés dans leurs tâches par les visiteurs. Accueillir des publics extérieurs dans ces espaces pose des questions en termes de sécurité des collections, le vol, mais aussi les altérations mécaniques qu’elles pourraient subir. Ces lieux ont besoin d’une stabilité thermo hygrométrique importante, que ne garantit pas des allées et venues trop fréquentes. Enfin, les collections ne sont ni exposées ni scénographiées dans les réserves. Le plus souvent elles ne sont pas visibles, du fait de leurs conditions de stockage et/ou de leurs conditionnements.

Pour certaines collections comme les collections d’arts graphique, une exposition trop longue et trop importante à la lumière entraine la dégradation de l’œuvre. Suite à une période d’exposition, celles-ci doivent rester dans un endroit sombre afin de se « reposer » de la lumière perçue.

  • Quels risques encourraient les collections si ces travaux n’étaient pas réalisés ?

Les collections subiraient des variations de températures trop importantes et donc un « jeu » des matières les composant. Les pigments constituant les peintures pourraient se craqueler, avant de se soulever et de s’effriter. Le bois pourrait également se fendre (pour les cadres mais aussi pour les peintures sur bois). Enfin en termes d’humidité, des moisissures pourraient apparaître.