albert marquet, "peintre du temps suspendu"

Né à Bordeaux en 1875, Albert Marquet développe, dès son enfance, un goût particulier pour le dessin qui le mène naturellement sur les bancs de l’École nationale des arts décoratifs, en 1890, puis de l’École des beaux-arts de Paris. À partir de 1897, il est formé dans l’atelier de Gustave Moreau où il lie une profonde amitié avec Henri Matisse. Il participe au Salon d’Automne de 1905 qui révèle le fauvisme, mouvement fondé sur l’emploi de couleurs vives et l’abandon de la perspective traditionnelle, et atteste de l’influence de ce dernier dans sa peinture, comme en témoignent ses vues du Havre un an plus tard.
Toutefois, l’artiste se démarque rapidement de ses camarades en adoptant une palette plus adoucie et en privilégiant les tonalités sourdes, telles que des gris, des verts et des bleus. Il baigne ses compositions d’une lumière douce et diffuse et les dote ainsi d’une atmosphère paisible.
Conscients de la notoriété grandissante de l’artiste, les galeristes Druet et Bernheim-Jeune s’associent pour représenter Albert Marquet qui peut désormais vivre de sa peinture. Dès lors, il entreprend plusieurs voyages visant à diversifier ses inspirations.
Durant sa jeunesse, l’artiste flâne déjà sur les quais de Bordeaux pour y admirer les bateaux. Habitude qu’il n’abandonne pas puisqu’une grande partie de son œuvre peinte est consacrée à l’eau, aux ports et aux quais qu’il immortalise à Naples, à Alger, au Havre ou à Paris.
Notre-Dame, soleil, peinture déposée au musée des beaux-arts de Pau par le Centre national des Arts Plastiques en 1924, ne déroge pas à la règle. Dans les années 1905-1906, alors qu’il vit sur les quais Saint-Augustin, Albert Marquet peint plusieurs vues des quais de Seine depuis la fenêtre de son atelier. Le calme règne au sein de cette œuvre lumineuse aux couleurs sobres. La ligne horizontale formée par le pont apporte de la stabilité à la composition tandis que la diagonale matérialisée par le quai ensoleillé la dynamise. Elle dirige également le regard vers sa protagoniste: la cathédrale Notre-Dame. Cette dernière, à peine esquissée, plane comme une ombre au-dessus de ce paysage urbain simplifié et ponctué de silhouettes noires. L’artiste, adepte de la ligne claire, propose des édifices aux formes synthétiques subtilement cernées. La verticalité du bâtiment coupé, à la manière des estampes japonaises, et situé à droite, contraste avec la diagonale et la ligne horizontale tout
en apportant un certain équilibre à l’image. La palette restreinte choisie par l’artiste, faite de bruns, d’ocres, de bleus et de gris confère à l’atmosphère parisienne une certaine élégance mesurée et une harmonie caractéristiques des œuvres d’Albert Marquet.

Albert Marquet, Notre-Dame, soleil, huile sur toile, 1905

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