La Grève au Creusot
jules adler
1899
huile sur toile
H. 231 cm - L. 302 cm
N° inv. : 01.4.2
➜ Notice détaillée
Œuvre exposée
La grève au Creusot, icône du monde ouvrier
Surnommé le peintre des humbles, Jules Adler n’aura de cesse de représenter les figures du peuple: ouvriers des manufactures et des mines, petits métiers parisiens, travailleurs déracinés, paysans ou encore marins. Sa vision humaniste du monde fait de lui le pendant pictural du naturalisme d’Émile Zola. En effet, ses toiles dénuées de misérabilisme et de pittoresque sont des puissants témoignages sur les victimes
de la modernité.
Fasciné par les paysages industriels, il est l’un des rares peintres à traiter de la condition ouvrière. Sa peinture, traversée par le motif récurrent de la masse, interroge les fondements de l’idéologie progressiste et remet en question l’idée d’une émancipation possible par le travail. Tout en conservant sa foi dans les idéaux de la IIIè République, il érige en sujets majeurs de son œuvre l’exploitation, la misère, l’aliénation et les conflits sociaux, dont La Grève au Creusot est la parfaite illustration.
Cette œuvre représente un cortège d’ouvriers lors de la journée de grève du 24 septembre 1899 au Creusot. Ce jour-là, la manifestation regroupe près de 7000 ouvriers des usines métallurgiques Schneider du Creusot et des mines de Montceau-les-Mines.
Au XIXè siècle, les usines Schneider sont les plus grandes de France. Pendant trente ans, la paix sociale y est solidement établie avant qu’une série de changements entraîne un bouleversement de la situation. De mai 1899 à juillet 1900, ces usines connaissent plusieurs accès de grèves. Les revendications portent notamment sur la reconnaissance du syndicat CGT, la liberté de conscience et la suppression de la police occulte. Pour mettre fin au conflit, un arbitrage est demandé au gouvernement de Waldeck-Rousseau qui donne finalement raison aux doléances ouvrières. Cette scène peinte par Jules Adler est donc une manifestation de joie populaire où l’on chante autant La Marseillaise, revisitée, que La Carmagnole.
Tous les éléments du tableau sont empruntés à la réalité observée sur place par Jules Adler : le paysage marqué à droite par la morne architecture des chevalets des mines Saint-Pierre et Saint-Paul, les drapeaux tricolores ainsi que les femmes de tous âges brandissant les rameaux pacifiques. La jeune porte-drapeau au premier plan confère à la scène une dimension allégorique. En effet, Jules Adler convoque ici La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix.
Le soin apporté au cadrage et au grand format transforme l’observateur en spectateur de la manifestation. La scène placée en légère contre-plongée accentue l’effet de profondeur et crée une dynamique de mouvement. Enfin, il peint comme un modèle de fraternité la foule bigarrée aux vêtements sombres que les teintes claires des mains serrées et des visages animés viennent rehausser. La solidarité du peintre avec les grévistes est symbolisée par le personnage situé derrière le porte-drapeau en fin de procession. Cependant, l’ambiguïté sur l’identité de l’homme représenté demeure : Maxence Roldes, militant socialiste, ou bien Jules Adler lui-même !
INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES
➜ L'histoire par l'image : la grève au Creusot
➜ Archives exposition temporaire Jules Adler peintre du peuple au musée d'art et d'histoire du judaïsme
➜ Captation audio conférence sur l'œuvre de Jules Adler, La Grève au Creusot par Cécile Petitet, conférencière au mahJ
➜ Animation graphique « La grève au Creusot, de Jules Adler », Olam production, mahJ, 2019
➜ Vidéo France Télévision Culture Prime - Jules Adler la République et la grève
+ d'ŒUVRES CLÉS














