SAINT FRANÇOIS RECEVANT LES STIGMATES
DOMÍNIKOS THEOTOKÓPOULOS, DIT LE GRECO

XVIè - XVIIè
huile sur toile
H. 76 cm - L. 55,6 cm
N° inv. : 03.6.1
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Œuvre exposée

Le Greco, entre tradition et modernité

Domínikos Theotokópoulos (dit Le Greco) doit son surnom à ses origines crétoises. Le Greco fut d’abord un peintre d’icônes dans la tradition
byzantine avant que l’Italie puis l’Espagne ne fassent de lui une grande figure atypique de la Renaissance tardive dont il est l’un des représentants majeurs. C’est au cours de son séjour à Venise que Le Greco développe les bases de ce qui va constituer un élément essentiel de sa renommée, l’art du portrait : il y met au point un réalisme psychologique servi par une grande liberté de touche.
En 1577, son installation définitive en Espagne, à Tolède, marque le début de sa maturité artistique. Il y construit un style profondément original, entre vision mystique et déformation expressive des corps, caractérisé par des figures élancées, des couleurs acides, une dramaturgie spirituelle et un usage unique de la lumière.

Considéré comme le fondateur de l’école espagnole, son œuvre s’inscrit alors en plein cœur de la Contre-Réforme. En réaction à l’avancée du protestantisme, l’Église catholique encourage les peintres à proposer des représentations expressives des scènes bibliques et de la vie des saints. Ainsi, la production abondante de l’artiste s’explique alors par une demande croissante liée au développement de la dévotion
privée. Le Greco réalise alors des variations sur les mêmes compositions illustrant l’évolution de sa vision à l’instar de la composition du musée de Pau.

Il s’agit ici de la représentation de saint François d’Assise, religieux catholique italien, fondateur de l’ordre des franciscains qui fut le
premier à recevoir sur son corps les stigmates de la Passion. La popularité de cette figure dans toute l’Europe aux XVè et XVIè siècles s’explique par l’histoire du pape Nicolas V (1397- 1455) qui, se rendant à Assise, fait ouvrir le tombeau de saint François et y découvre son corps intact, du sang coulant encore de ses blessures. Bien qu’inventée de toutes pièces, cette légende inspira de nombreux peintres à l’instar du Greco qui réalisa plus d’une vingtaine de toiles du saint.

Le portrait de Pau présente toutes les caractéristiques du style du Greco. La scène revêt un aspect irréel dû notamment à une lumière blafarde émanant d’un foyer unique, la palette de couleurs est restreinte, se limitant à des teintes froides, des gris, du blanc et du noir. Les formes sont allongées et leurs contours indistincts. Le corps est distordu, tourné vers la lumière, les mains d’une finesse caractéristique.
Le Greco signe avec cette figure de saint François une peinture empreinte d’une forte spiritualité à l’atmosphère mystique.
L’œuvre du Greco fut redécouverte à la fin du XIXè siècle, notamment par les artistes de l’avant-garde qui virent en lui, à travers son rejet des conventions naturalistes et son exagération expressive, un précurseur de l’art moderne. Son art inclassable continue d’interroger notre rapport à l’image, à la foi et à la subjectivité du créateur. 

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