L'ENTRée dans l'arche
Jan Brueghel L'ANCIEN, DIT DE VELOURS

vers 1600
huile sur bois
H. 73 cm - L. 104 cm
N° inv. : 39.1.1
➜ Notice détaillée

Œuvre exposée

Jan Brueghel, le monde dans un tableau

Parmi les peintres flamands les plus célèbres au cours des XVIè et XVIIè siècles, on compte de nombreux représentants de la famille Brueghel. Ils forment une véritable dynastie d'artistes dont le fondateur est Pieter l'Ancien. Ses fils sont Pieter le Jeune et Jan l'Ancien. Viennent ensuite le fils de Jan, Jan le Jeune et son petit-fils, Abraham.

Souvent associés à un qualificatif en fonction de leurs orientations picturales ou de leur style – Brueghel des Paysans pour Pieter l’Ancien, Brueghel de l’Enfer pour Pieter le jeune – l’auteur de cette œuvre eut plusieurs surnoms : Brueghel de Velours, Brueghel des Fleurs, Brueghel du Paradis. Le premier étant lié à sa dextérité dans le traitement des fondus, des dégradés et des drapés, le deuxième fait référence à sa
maîtrise des natures mortes et le troisième à ses fameuses représentations du Jardin d'Éden.

Né à Bruxelles en 1568, quelques mois avant la mort de son père, Jan Brueghel est élevé par sa grand-mère, Marie de Bessemers, veuve du peintre Pieter Coecke van Aelst (1502- 1550). Il se forme à Anvers dans les années 1580 et part en Italie en 1589. Il séjourne successivement à Naples, Rome et Milan où il œuvre au service du Cardinal Federico Borromeo, Archevêque de Milan. Spécialisé dans la peinture de sujets historiques, mythologiques ou bibliques dans des paysages extrêmement travaillés, sa carrière est déjà celle d’un artiste comblé d’honneurs dès le début du XVIIè siècle.

Ce tableau, qui fut dans un premier temps attribué à Rœlandt Savery, a intégré les collections du musée en 1939. Des recherches sur l'œuvre sont alors menées afin de la comparer aux autres répliques exposées dans de grands musées en Europe (Budapest et Londres) et au Getty Museum de Los Angeles. Les principaux spécialistes des peintures flamandes et hollandaises y virent davantage la touche de Jan Brueghel
que de Rœlandt Savery. C'est au début des années 1970, comme l'atteste une abondante correspondance, conservée au musée, entre Philippe Comte et Jacques Foucart1, que l'œuvre est définitivement attribuée à Jan Brueghel et/ou atelier.

L'Entrée dans l'Arche illustre l’épisode biblique du Déluge (Ancien Testament, livre de la Genèse). Elle laisse apparaître une composition typique de l'artiste où tous les animaux de la Création, heureux et libres, semblent vivre dans une parfaite communion. La taille de l'Arche ainsi que sa place dans le paysage donnent un caractère anecdotique au célèbre épisode de la Bible. Les personnages du récit, certains au second plan, d'autres, minuscules, au pied de l'Arche, semblent s'estomper à la faveur des figures animales.
Cette peinture, à la dimension encyclopédique que lui confèrent la minutie et le détail de chaque espèce représentée, dévoile le style extrêmement raffiné de Jan Brueghel. La subtilité des lumières, l'harmonie de ses dégradés et les teintes adoucies des feuillages vaporeux nous éclairent, à la vue de ce chef-d'œuvre, sur les raisons qui lui valurent le surnom dit « de velours ».

1 | Conservateur général honoraire du département des peintures du musée du Louvre. Ancien chef du Service d’étude et de documentation au musée du Louvre. Auteur de nombreux ouvrages sur les peintures flamande et hollandaise.

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