Achille vainqueur d'Hector
Pierre paul Rubens
vers 1630
huile sur bois
H. 108 cm - L. 126,5 cm
N° inv. : 887.5.2
➜ Notice détaillée
Œuvre exposée
Pierre Paul Rubens, une vie d'Achille
Pierre Paul Rubens grandit à Anvers où il est destiné à devenir avocat. Passionné de peinture, il opte pour une formation artistique rigoureuse. En 1600, il débute un séjour fondateur de huit années en Italie qui influencera profondément son style et sa technique. Il s’y constitue une immense culture picturale en étudiant notamment les maîtres de la Renaissance Michel-Ange, Léonard de Vinci et Raphaël.
Son retour à Anvers marque le début d’une carrière riche et foisonnante. Il mène ainsi de front une double activité de peintre de cours et de diplomate.
Son talent, couplé à son statut prestigieux, lui vaut un afflux de commandes de l’Église, de la noblesse et de la bourgeoisie. L’abondance de celles-ci est amortie par son atelier, véritable ruche où se forment de précieux collaborateurs. Sa production considérable, qui lui vaudra le surnom d’homérique par Eugène Delacroix, est également variée: sujets religieux, mythologiques, historiques, allégoriques et portraits. Pierre Paul Rubens incarne la quintessence du baroque. Il opère dans ses œuvres la fusion entre la tradition réaliste des Flamands et le classicisme de la Renaissance italienne. L’ensemble de sa production est traversé par un souffle puissant, privilégiant le mouvement et les compositions dynamiques. L’omniprésence de couleurs chaudes et profondes, et de chairs lumineuses évoque son séjour à Venise et la découverte du Titien. Enfin, l’expressivité des figures et des corps traduisent des émotions à l’intensité rare.
L’œuvre Achille vainqueur d’Hector, exécutée dans l’atelier de l’artiste à Anvers entre 1630 et 1635, s’inscrit dans cette veine. Elle appartient à un ensemble de huit cartons, appelés modelli ; utilisé comme modèle pour une série de tapisseries illustrant la vie d’Achille et célébrant des valeurs héroïques et morales.
L’artiste représente ici un épisode décisif de L’Iliade : Achille, avide de vengeance à la suite du meurtre de son cousin Patrocle, affronte dans un duel à mort le prince troyen Hector. La scène s’articule autour du bouclier d’Achille où se concentrent toute la tension et la violence. Minerve, déesse de la sagesse, surplombe les deux héros et décide de l’issue du combat. Sa présence renforce la dimension tragique de l’affrontement et l’inscrit dans un ordre moral plus profond. À l’arrière-plan à gauche, un quadrige anticipe le cruel destin réservé à Hector : Achille y attachera sa dépouille pour la traîner trois jours durant autour des remparts de la cité troyenne. Des piliers sculptés, caractéristiques des pièces peintes pour les tapisseries, encadrent la scène (à gauche, Hercule, flanqué de sa massue et de la peau du lion de Némée puis, à droite, Mars, dieu de
la guerre). Au premier plan, des cornes d’abondance, d’où jaillissent des branches de palmier et de laurier, symbolisent la victoire et la vertu. Le combat de coqs évoque le dénouement inexorable de l’affrontement entre les deux héros : la mort et la perte de la guerre. Le musée des beaux-arts possède un autre carton issu de la même série : Thétis recevant de Vulcain les armes d’Achille.
Le deuxième carton s'articule également autour du bouclier. Ce dernier sépare l'œuvre en deux parties où s'opposent le monde des océans à gauche et le monde du feu, des volcans et de la terre à droite. Thétis, drapée de rouge, est accueillie par le dieu Vulcain et son épouse Charis. La nymphe reçoit des mains du dieu du feu le bouclier destiné à Achille tandis qu'un puto remet un casque à un triton émergeant de l'eau. À droite, un ouvrier sort de la forge avec une cuirasse tandis que deux autres forgerons s'activent encore sur les jambière à l'arrière-plan.
Les bordures composent un ensemble architectural composé de piliers sculptés qui encadre la scène : Junon à gauche, identifiable au paon ainsi qu'au diadème et Jupiter à droite, représenté avec un aigle et la foudre.
L'artiste a également placé au premier plan plusieurs éléments évoquant les différents symboles du dieu Vulcain : le feu, l'enclume, une tenaille, un marteau...
Typiquement baroque, cette œuvre de Pierre Paul Rubens se distingue par sa surcharge décorative, l'exagération des mouvements et des expressions mais aussi par l’utilisation prédominante de couleurs chaudes.
➜ Pierre Paul Rubens, Thétis recevant de Vulcain les armes d'Achille, huile sur bois, vers 1630
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