Judith et holopherne
Horace vernet
1829
huile sur toile
H. 297 cm - L. 198 cm
N° inv. : D.12.14.3
➜ Notice détaillée
Œuvre exposée
Judith, beauté vengeresse et héroïne biblique
Puisée dans l’Ancien Testament, l’histoire de Judith et Holopherne ne cesse d’inspirer les artistes. Bourreau chez le Caravage, héroïne conquérante chez Benjamin Constant, la Judith d’Horace Vernet est une femme séductrice et déterminée à accomplir son geste salvateur. Décidée à mettre fin au siège dont la ville de Béthulie est victime, la sage Judith quitte ses vêtements de deuil et revêt ses plus beaux bijoux pour se rendre dans le camp ennemi. Au cours d’un banquet, elle séduit le général assyrien Holopherne qui, enivré par le vin et par le charme de la jeune femme, l’invite à rejoindre sa tente. Assommé par l’ivresse, ce dernier sombre dans un sommeil fatal: Judith l’exécute, abandonne
son corps inanimé et exhibe sa tête sur les remparts de la ville. L’exposition de ce macabre trophée lui permet de libérer son peuple et fait d’elle un symbole du peuple d’Israël en exil.
Dans une composition évoquant un décor théâtral fait de tentures rouges, l’artiste instaure une tension dramatique. L’épais rideau, symbolisant la tente de la future victime, empêche le regard du spectateur de trouver une échappatoire, il n’a d’autre choix que d’affronter la scène dont il connaît déjà l’issue. À cela s’ajoute la lumière provenant de l’angle supérieur gauche qui, à la manière d’un projecteur, met en évidence
l’imminence du geste fatal.
Les rôles sont très précisément distribués dans un jeu d’oppositions évident. Holopherne, prenant habituellement les traits d’un géant, est ici un homme mince aux clavicules saillantes. Il est avachi sur sa couche, la bouche entrouverte et la peau brune de son corps nu contraste avec la blancheur de l’étoffe qui le borde. Judith, quant à elle, plus en chair, se tient debout, le regard tourné vers sa future victime, sa carnation laiteuse est mise en évidence par la soie ocre de sa robe. Ces deux postures antithétiques soulignent la domination du personnage féminin.
Dans cette scène, tout se joue encore. La sensualité latente, accentuée par les épaules dénudées de Judith et par le drapé de sa robe épousant sa poitrine, glisse lentement vers l’effroi d’un crime glacial. Aussi, l’emploi de la couleur rouge, outre la chaleur qui s’en dégage, suggère deux phases : d’abord la séduction, puis l’exécution. Cette dualité caractérise parfaitement la figure emblématique de Judith, une femme fatale capable d’affranchir tout un peuple grâce à la volonté divine.
Pour illustrer cette scène biblique, Horace Vernet adopte la tendance orientaliste alors à son apogée en ce début de XIXè siècle. Durant cette période, marquée par une fascination pour l’Orient, les artistes, à la recherche d’un certain exotisme, puisent leur inspiration dans les pays de l’ensemble du pourtour méditerranéen. Horace Vernet se trouve à Rome lorsqu’il peint cette œuvre. Il entreprend une série de voyages en Algérie, en Égypte, en Syrie, puis en Palestine à partir des années 1833.
Horace Vernet peint cette huile sur toile en 1829, alors qu'il dirige la Villa Médicis à Rome. Ses modèles sont des personnalités de son entourage : Holopherne prend les traits du compositeur Federico Ricci et Judith, ceux d'Olympe Pelissier, future épouse de Rossini.
À noter que deux études préparatoires sont conservées dans des musées américains.
➜ Horace Vernet, Étude d'Olympe Pélissier en Judith, huile sur toile, 1830, musée des beaux-arts de Boston - en savoir plus sur l'œuvre
➜ Horace Vernet, Judith et Holopherne, huile sur toile, 1830, musée des beaux-arts de Houston - en savoir plus sur l'œuvre
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