Un bureau de coton à la Nouvelle-Orléans
edgar degas
1873
huile sur toile
H. 73 cm - L. 92 cm
N° inv. : 03.6.1
➜ Notice détaillée
Œuvre exposée
Né à Paris en 1834, Edgar Degas effectue sa scolarité au collège Louis-le-Grand où il obtient son baccalauréat ès Lettres. Poussé par ses parents, il s’inscrit à la faculté de droit, tout en conservant sa volonté de devenir peintre. En 1853, alors qu’il est jeune diplômé, il est autorisé à copier les œuvres du musée du Louvre et, dans le but de parfaire sa formation artistique, il intègre, deux ans plus tard, l’École des beaux-arts où il reçoit l’enseignement de Louis Lamothe. Dès 1856, il entreprend un voyage de trois ans en Italie au cours duquel il copie les œuvres des grands maîtres et suit les cours libres de la Villa Médicis. Habitué aux copies et petits portraits, Edgar Degas se tourne vers les sujets historiques de grands formats à partir des années 1860 et expose régulièrement au Salon des œuvres marquées par la tradition classique. Petit à petit, il s’intéresse à des sujets de la vie contemporaine et représente les classes laborieuses parisiennes, des cafés, des salles de danse et des champs de courses, tout en explorant de nouvelles techniques telles que le pastel et la sculpture.
En 1874, il participe à la première exposition impressionniste organisée dans l’atelier parisien du photographe Nadar, réunissant une trentaine d’artistes. Souvent considéré comme l’un des chefs de file de ce mouvement en raison de la liberté de sa touche et de son utilisation de la couleur, Edgar Degas réfute cette appartenance. En effet, il ne pratique pas la peinture en plein air, il ne s’intéresse pas aux effets de la lumière et ne cherche pas à immortaliser la fugacité d’un instant. Ainsi, il dit de son travail: « Aucun art n’est aussi peu spontané que le mien. Ce que je fais est le résultat de la réflexion et de l’étude des grands maîtres. »
À l’occasion d’un séjour aux États-Unis en 1872, Edgar Degas rend visite à sa famille et peint Un bureau de coton à La Nouvelle-Orléans pour honorer la commande d’un fabricant de textile anglais.
L’artiste a su capturer, à l’aide d’un dessin précis hérité du classicisme, les gestes du quotidien de ces négociants dans une composition empruntée aux estampes japonaises et à la photographie : elle est organisée autour d’une diagonale matérialisée par la table sur laquelle repose une importante quantité de coton et le personnage au premier plan, Michel Musson, oncle maternel du peintre, est tronqué. Ce choix permet de dynamiser la scène tout en contrastant avec le calme des personnages absorbés par leur tâche. Grâce à une palette subtile et restreinte, il met en évidence le protagoniste principal de cette image, à savoir le coton. Ce dernier, par sa blancheur, constitue un point lumineux parmi les ocres du sol et des vestes, le noir des costumes et le vert amande des murs.
Outre Michel Musson, Edgar Degas représente ses deux frères. Achille est accoudé à la cloison vitrée tandis que René lit le Daily Picayune, journal qui, ironie du sort, annonce le 1er février 1873 la faillite de l'entreprise.
L’artiste fait preuve d’un grand sens de l’observation : il regarde la scène à travers une fenêtre et invite à la contemplation de cet instantané à propos d’une industrie moderne en plein essor au XIXè siècle et au sein duquel le temps paraît suspendu.
Un séjour à la Nouvelle-Orléans
L'historique de l'œuvre commence en octobre 1872, lors d’un séjour américain de six mois vécu comme un retour aux sources par l’artiste (il en rapportera 18 toiles). René Degas, installé à la Nouvelle-Orléans, rentre d'un voyage d'affaires en France et en Angleterre en compagnie de son frère Edgar, désireux de connaître la « branche Américaine » de sa famille. Achille, autre frère du peintre y est également installé.
Dans une lettre du 19 novembre 1872 adressée à son ami James Tissot, l'artiste, enthousiasmé par le charme exotique de la Louisiane, laisse, dans un premier temps, entrevoir de belles promesses. Hélas, ses ardeurs se tempèrent assez rapidement. Edgar Degas, à l'inverse de Paul Gauguin, reste insensible aux attraits de l'exotisme. Il se lance plutôt dans une série de portraits à la fois naturels et tendres, à la composition savante et minutieuse.
" Des villas blanches à colonnes flûtées au milieu de jardins de magnolias, orangers et bananiers ; des nourrissons blancs dans les bras de leurs nounous de couleur. Rien ne me plaît comme les dames en mousseline sur le devant de leurs petites maisons et les steamboats à deux cheminées, hautes comme des cheminées d’usine et les marchands de fruits aux boutiques pleines."
Dans un courrier suivant, toujours adressé à James Tissot, il annonce finalement avoir trouvé un sujet « assez fort que je destine à Agnew et qu'il devrait bien, lui, placer à Manchester... Il y a là-dedans une quinzaine d'individus s’occupant plus ou moins d'une table couverte de la précieuse matière et sur laquelle, penché l'un et à moitié assis l'autre, deux hommes, l'acheteur et le courtier, discutent d'un échantillon. Tableau du Cru s'il y en a, et je crois d'une meilleure main que bien d'autres. ». En janvier 1873, il rallonge donc son séjour de trois mois afin de peindre l’étude naturaliste du bureau de coton appartenant à son oncle qu’il visite tous les jours.
Sélection d'œuvres réalisées à la Nouvelle-Orléans par Edgar Degas
- Edgard Degas, Mathilde Musson (cousine de l'artiste), pastels secs sur papier, 1872-73, Metropolitan Museum of art, New York, États-Unis
- Edgar Degas, Marchands de coton à la Nouvelle-Orléans, huile sur toile, 1872-73, Harvard Art Museum/Fogg Museum, États-Unis
- Edgar Degas, Mathilde Musson, huile sur toile, 1872-73, collection particulière
- Edgars Degas, La Répétition de chant, huile sur toile, 1873, Washington, Dumbarton Oaks Research Library and Collections, États-Unis
- Edgar Degas, Cour d'une maison à la Nouvelle-Orléans, huile sur toile, 1872-73, collection particulière
- Edgar Degas, Le Pédicure, huile sur toile, 1872-73, musée d'Orsay
Catalogue de la 2e exposition de peinture, avril 1876
Source : gallica.bnf.fr Bibliothèque nationale de France
Genèse de l’acquisition de l'œuvre
En 1873, quand il décide d'entreprendre ce tableau dans l'espoir de le vendre à un certain William Cottril, fabricant de textile à Manchester, l'artiste spécule sur une œuvre qu'il n'a pas encore exécutée. Son projet connaît malheureusement un double échec. En effet, la faible inclination de son commanditaire pour une certaine avant-garde et la crise économique de 1873 sonnent le glas de ses espoirs.
Présentée au deuxième Salon des Impressionnistes en 1876, l'œuvre, en dépit de l'accueil glacial réservé à Edgar Degas, suscite des commentaires nuancés.
Après cette succession de déboires, providentiels pour le musée des beaux-arts de Pau, c'est en 1878 avec la rente annuelle de 8 000 francs léguée au musée par Émile Noulibos que l'acquisition est décidée. En choisissant un tel sujet, la commission a sans aucun doute voulu rendre hommage au généreux donateur, lui-même descendant d'une famille d'industriels du textile.
Fleuron du musée des beaux-arts de pau
Lorsque la commission que dirige Charles Le Cœur, conservateur du musée des beaux- arts et président honoraire de la Société des Amis des Arts, valide l'acquisition du Bureau de coton à la Nouvelle-Orléans, nul ne sait encore que le musée vient de se doter de l'œuvre qui, plus que toute autre, en sera le symbole.
Exposé au Salon de Pau en 1878 le tableau numéro 87 du Salon, estimé à 5 000 francs est finalement acquis pour le musée au prix de 2 000 francs.
Je ne dois pas attendre plus longtemps. Je dois vous remercier bien vivement de l'honneur que vous me faites. Il faut aussi vous avouer que c'est la première fois que cela m'arrive qu'un musée me distingue et que cet officiel me surprend et me flatte assez fort.
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